Newsletter d'avril
1- Editorial de Yveline
Fleur d’avril tient à un fil : on n’a pas hiverné, tant qu’avril n’est pas passé !
Méfiance, donc, les jours où vous voyez le soleil briller de tous ses feux parce que le ressenti (dû au vent) pourra encore vous surprendre… fort désagréablement. Ne sortez pas en mer sans avoir consulté la météo, et, si elle est favorable, n'oubliez pas de prévoir toutes les possibilités : lunettes de soleil et crème solaire mais... polaire, bonnet et cache-nez ! La technique des couches de vêtements à rajouter ou à ôter est la meilleure : en avril, découvre-toi d'un fil mais garde ton gilet à proximité ! :)
Pourquoi avoir associé le premier avril au poisson et aux farces ? Comme souvent dans les sciences humaines, les origines historiques restent assez floues…
Avril, du latin aprilis, vient du verbe aprire qui signifie « ouvrir ». En effet, avril est le premier mois du printemps, « primum tempus » : le premier mois de l’année. En France, jusqu’au XVIe siècle, l’année commençait effectivement le 1er avril. C’est seulement en 1564 que le parlement de Paris enregistra une ordonnance du roi Charles IX qui instituait le début de l’année au 1er janvier. La tradition des étrennes, que je vous ai racontée dans une précédente Newsletter, fut donc avancée. Mais on ne change pas les traditions si facilement : on continua à se faire de petits cadeaux, des « cadeaux pour rire », le 1er avril : plaisanteries, farces et attrapes, qui prirent alors le symbole du poisson : le signe zodiacal que le soleil vient de quitter à cette date. Et c’est ainsi qu’on demanda au mousse de fabriquer un filet sans maille, à l’apprenti-cuisinier de se procurer une passoire sans trou ou une ficelle pour lier la sauce ou qu’on accrocha un poisson dans le dos de tous ceux qui se prennent trop au sérieux, pour les ridiculiser sans qu’ils s’en aperçoivent…
A ce jour, pour s’adapter à une météo très capricieuse, de nombreuses sorties Carry Voile ont dû être annulées la veille, car la météo des trois premiers mois de l’année 2026 ne nous a pas gâtés…
Ce qui ne nous empêche pas de profiter de la vie, heureusement. Notre Repas-Coquillages annuel, organisé par Jeanpy, président de Carry Voile, a bien eu lieu le dimanche 8 mars. Il nous a permis de nous retrouver, pour élargir notre cercle de connaissances et pour ne pas être copains qu’à bord d'un de nos voiliers ! Une excellente journée, dans cette convivialité à laquelle nous tenons tous et qui nous distingue aussi d’une école de voile…
Une de nos Formations, toutes basées sur des expériences solides : "Les techniques de Mouillage" a également eu lieu, le vendredi 20 mars à 18h, animée par Jeanpy, salle Roger Grange :
En dehors d'un exposé technique illustré par des schémas pour faciliter la compréhension, Jeanpy nous a fait part de plusieurs expériences personnelles tout à fait captivantes, racontées avec une grande sincérité et un humour sans prétentions qui ont beaucoup plu à son public !
L'un de nos repas conviviaux, à bord, à chaque sortie...
Mais, comme vous le voyez, les plus fervents (et les plus chanceux) d’entre nous ont déjà pu effectuer de belles traversées dans la Baie de Marseille, en direction du Frioul, avec une escale conviviale et festive (avec modération) dans la calanque de Morgiret ou bien dans le golfe de Fos, avec de jolies pointes de vitesse, toutes voiles dehors !
Les aléas climatiques ont toujours existé et les observations humaines ont essayé de les prévoir, dictons à l'appui, pour les garder en mémoire. Aujourd'hui, malgré le développement des sciences, ce qui caractérise notre époque anthropocène, c’est la difficulté de faire des prévisions très fiables, à long terme. A qui la faute ? Si l'on ne fait pas partie des climatosceptiques, il vaut mieux s'efforcer de s'adapter aux changements climatiques en ne polluant pas trop pour ne pas augmenter inconsidérément notre empreinte carbone... Tout en restant de bons vivants.
C’est pour cette raison que je vous engage à faire confiance à tous les skippers de Carry Voile qui surveillent plusieurs météos marines. Si vous n’avez pas encore essayé, n'hésitez pas à faire avec nous une Sortie découverte sous le contrôle de Denis, vice-président de Carry voile et Responsable des Sorties en Mer. C'est lui qui nous prévient, la veille, si les sorties prévues (le mercredi, le samedi et un dimanche par mois) auront bien lieu.
2- ACTUALITE : L’enlèvement du voilier échoué sur le Pain de sucre, près du phare de Carry
Comme je vous l’ai raconté dans la Newsletter de mars, le 2 février 2026, un voilier Dufour 28, s’était échoué à l’entrée du Port de Carry…
Depuis, il gisait, là, sur son flanc endommagé par les rochers, depuis plus d’un mois. Un peu comme ces croix et ces fleurs qui jalonnent les routes, avertissement aux automobilistes imprudents, il semblait rappeler que les alertes météo doivent être prises au sérieux ! Si la mer a pardonné à son skipper (seul à bord) puisqu’il s’en est sorti indemne, elle a bel et bien réduit ce beau voilier à une simple épave, bonne pour la casse…
C’est le mercredi 11 mars, que nous avons pu assister à une première partie de son démantèlement avec la dépose de ses voiles, de ses haubans et de son mât et d’une grande partie de ce qui pouvait être démonté sur le bateau. Une petite barge a évacué tous ces débris mais la houle et le vent ne permettaient pas d’en faire plus ce jour-là et de pouvoir le tirer jusqu’au port avant le vendredi suivant, en utilisant une fenêtre météo favorable, sans trop de Mistral : le vendredi suivant, et le matin seulement.
Le vendredi 13 mars, tout était donc prêt pour l’opération la plus spectaculaire : des planches avaient été fixées sur les rochers du Pain de Sucre et des bouées placées puis gonflées à l’intérieur et à l'arrière du voilier pour sécuriser le travail d’une barge plus puissante qui allait le tirer jusqu'à l'eau, puis le mettre totalement à l’abri, dans le port. Fascinés par ce travail impressionnant, nous avons tous eu un moment d’effroi pour la barge et ses occupants, en voyant le voilier couler, mais il est remonté peu à peu, allégé par ses bouées et guidé par la barge…
Quel plaisir de revoir notre Pain de Sucre tel que nous l’aimons tant !
Heureusement, dans son malheur, que ce voilier se soit échoué non loin de la grue qui allait enfin pouvoir le tirer hors de l’eau, car la suite de cet enlèvement a tout de même pris plus d’une demi-heure, avec l’aide de deux plongeurs : il a fallu bien le sangler, en évitant un appui trop important sur son côté endommagé, le débarrasser de ses bouées et de tout ce qui pouvait encore être enlevé pour l’alléger au maximum, puis le hisser avec la grue du port et laisser toute l’eau résiduelle s’écouler du bateau. Bravo à Lucas, le grutier, pour la dépose minutieuse de cette carcasse encombrante sur les bers qui servent aux carénages. Par la suite, l'épave sera emportée, par la route, jusqu’à sa destruction définitive. Quel crève-cœur pour tous ceux qui admirent tant les voiliers !
3- Mon conseil de lecture du mois d’avril :
Le grand Marin de Catherine Poulain éd. Points ISNB 9 782757 883303 (en poche)
Ce roman d’aventure a des aspects autobiographiques. Il a reçu de nombreux prix littéraires moins connus, récompensant le genre de l'aventure, comme le Prix Joseph Kessel ou le Prix Livre & Mer Henri Queffelec, etc. Bien que je n’aie pas un goût prononcé pour les prix littéraires, devant la quantité de livres édités chaque année, je trouve qu’il est bien difficile de rester « à la page » ! :) Ces prix sont donc une reconnaissance qui permet une sorte de pré-sélection : ce qui explique leur multiplicité ? En effet, devant le nombre de parutions, chaque année, pour qu’un livre soit lu, encore faut-il qu’il soit connu et qu’il soit vendu. Alors, il paraîtrait que les gens ne lisent plus ? Permettez-moi d’en douter !
Pour ma part, comme j’aime particulièrement qu’on me mène en bateau et qu’on me raconte des histoires, j’aime relier ces deux passions, les jours de trop grand vent, allongée bien au chaud sous mon plaid, face à la mer, mais emportée par ma lecture dans une aventure que je n’aurais jamais pu connaître. Je n’en ai pas les capacités physiques ni morales ! Mais j’ai déjà vécu plusieurs vies et des aventures palpitantes, grâce à mes lectures : je vous engage, en toute amitié, à en faire autant. Et ce, sans modération : la lecture est une addiction qui ne fait aucun mal, bien au contraire. :)
Non, même pas aux yeux, puisqu’il existe aussi des Livres-parlants, pour les aveugles ou les personnes trop fatiguées, grâce à l’association des Donneurs de voix *.
*Cf. Association à Marseille (entre autres) qui propose à de bons lecteurs d'enregistrer des livres pour tous ceux, malades ou handicapés, qui ne sauraient s'en passer :
wwwbibliothèque-sonore-marseille.com // 04 91 81 57 20 // 71 rue Sylvabelle Marseille 6e
Biographie rapide de Catherine Poulain (1960- )
Catherine Poulain est vraiment une aventurière ! Partie de France à 20 ans, elle a baroudé sur plusieurs continents et occupé de nombreux emplois, souvent liés à la Mer : dans une conserverie de poissons en Islande, sur des chantiers navals aux États-Unis, mais aussi comme travailleuse agricole au Canada, ou encore barmaid à Hong-Kong... En 1987, elle arrive au Québec et s'installe ensuite en Alaska où elle exerce clandestinement, pendant dix ans, le métier de marin-pêcheur avant d'être expulsée en 2003 par les services d'immigration américains, pour travail illégal.
Elle revient alors en France, où elle vit de divers travaux agricoles, en Provence (Manosque) et dans les Alpes, où elle devient notamment bergère, mais où elle commence aussi à écrire des romans, par goût de l’aventure partagée.
Ses publications :
• 2016 : Le grand Marin, éditions de l'Olivier (ISBN 978-2823608632) – prix Joseph-Kessel et onze autres prix littéraires maritimes ou d'écrivains-voyageurs. Cf. Adaptation cinématographique et vidéos sur internet.
• 2018 : Le Cœur blanc, éditions de l'Olivier (ISBN 978-2-8236-1359-9)
• 2023 : L'Ombre d'un grand Oiseau, éd. Arthaud (ISBN 978-2-0802-8368-9)
• 2024 : Sur la Route des Migrants, Revue Zadig, Hors-série Rêver l'Europe
Résumé impossible mais voici deux extraits que j'ai choisis :
« Un jour, je quitte Manosque-les-plateaux (…), c’est février, les bars ne désemplissent pas, plus la fumée et la bière. Je pars pour le bout du monde, sur la Grande bleue, vers le cristal et le péril, je pars. Je ne veux plus mourir d’ennui, de bière, d’une balle perdue. De malheur. Je pars. Tu es folle. Ils se moquent. Ils se moquent toujours : toute seule sur des bateaux avec des hordes d’hommes, tu es folle … Ils rient. Riez. Riez. Buvez. Défoncez-vous. Mourez si vous voulez. Pas moi. Je pars pêcher en Alaska. Salut. Je suis partie. »
« Le grand Marin m’en veut, parce qu’il voudrait faire de moi son port d’attache. Mais quand nous nous aimons, c’est devenu terrible et triste. Il est jaloux et devient fou de chagrin quand une nuit je le quitte juste pour aller dormir sur le canapé. Je l’aime mais je voudrais qu’il comprenne : j’ai peur des maisons, je lui dis un jour que j'ai peur des murs, des enfants, du bonheur tranquille et de ces gens beaux qui ont de l’argent. S’il te plaît, allons-nous-en d’ici ! »
4- Réponses à notre QUIZZ du mois de mars :
1- Question pour le plaisancier : Pour une sortie en mer, les 5 règles élémentaires de prudence recommandées par les autorités maritimes sont :
Ne jamais partir sans vérifier la météo marine. En mer, la météo peut basculer très rapidement. Négliger cette étape vous met en danger et expose également les sauveteurs SNSM à des risques inutiles !
Ne jamais négliger les contrôles du bateau (charge des batteries, GPS, pilote automatique, niveau de carburant, équipements de sécurité, etc.)
Connaître le RIPAM : Règlement international pour prévenir les abordages en mer : une réglementation de l’OMI, Organisation Maritime Internationale (Cf. PDF gratuit, à imprimer)
Vérifier tous les équipements de sécurité (gilets de sauvetage, sifflets, lumières, VHF sur le canal 16, coordonnées du bateau, extincteurs, fusées de détresse, outils, trousse de secours, etc.)
Ne pas surestimer ses compétences de navigateur et se rappeler que tout être humain est inefficace quand il souffre des trois "f" : Faim, Froid et Fatigue, mais on peut évidemment en rajouter deux : la Frime et la Frousse !
2- Question pour le néophyte : Venant du Port de Carry-le-Rouet, qui contacter rapidement en cas de difficulté en mer et comment le faire ?
Les trois réponses peuvent convenir mais, selon les circonstances, il est plus efficace de le faire dans l’ordre C/B/A en indiquant bien les coordonnées du voilier :
C- Contacter le CROSS MED sur le canal 16 de la VHF située à bord, ou…
B- Contacter le CROSS MED sur un téléphone mobile au 196, ou…
A- Ce sont nos proches, toujours prévenus de notre navigation, qui peuvent contacter le 112 en cas d’inquiétude.
5- Questions de Yveline pour le mois d’avril : Comme nous avons peu quitté nos Ports (Sausset-les-Pins ou Carry-le Rouet) au mois de mars, je me suis inspirée de ces circonstances !
1- Question pour le skipper : Dans une manœuvre de port, comment réagir lorsque l’hélice d’un voilier est engagée brusquement ? Mettez ces réponses dans l’ordre d’urgence.
A- Amarrer rapidement le bateau
B- Débrayer le moteur pour arrêter de forcer l’hélice
C- Appeler les secours ou plonger avec un couteau pour dégager l’hélice
D- Rechercher une voie d’eau éventuelle causée par le blocage de l’hélice
E- Identifier le type d’entrave qui bloque l’hélice
2- Question pour l’équipier : Dans le port, une fois que le voilier, amarré au quai par la poupe, a été bien préparé et les contrôles de sécurité effectués, dans quel ordre procéder pour qu’il quitte sa place en toute sécurité ?
A- Libérer la pendille avant en veillant à ce qu’elle tombe au fond de l’eau
B- Vérifier les pare-battages qui protègent le voilier et les autres navires
C- Libérer les amarres à l’arrière
D- Mettre le moteur en marche au point mort en vérifiant que l’eau qui le refroidit s’écoule bien à l’arrière du voilier
E- Passer en marche avant modérée en contrôlant la trajectoire du voilier pour quitter la place
Pour ce mois d’avril et l’ouverture des saisons les plus propices à nos sorties en mer, sportives et conviviales, je nous souhaite à tous bon vent et belle mer ! A très bientôt, sur l’eau…
Carryvoilement vôtre, Yveline