Newsletter Mars 2026
1- Editorial de Yveline
Premier sourire de Printemps
Tandis qu’à leurs œuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit à travers les averses
Prépare en secret le Printemps…
Merci à Théophile Gautier de nous donner, pour mars, l’espoir de pouvoir à nouveau mettre les Voiles et parcourir avec bonheur, la Baie de Marseille… Avec Carry Voile, donc en bonne compagnie, en équipages mixtes, hommes et femmes de compétences diverses, mais réunis par une même passion pour la mer, et l’envie de la transmettre ?
Mais dans le monde de la Voile, et même dans celui de Carry Voile, trop peu de femmes encore … Ce constat n’est pas nouveau et c'est un défi à relever.
En ce mois de mars, j’aimerais l’évoquer puisqu’il s’ouvre sur une nouvelle Journée internationale des Femmes, le 8 mars, officiellement reconnue par les Nations unies en 1977… et en France, toujours en avance sur les Droits des Femmes :), en 1982.
Revendiquée dès le début du XXe siècle par des femmes d’origine ouvrière qui réclamaient le Droit de vote, de meilleures conditions de travail et l’égalité de salaire entre les hommes et les femmes, cette Journée des femmes a été proposée en 1910 par Clara Zetkin, enseignante, journaliste et femme politique, figure du féminisme socialiste allemand. Et si, par la suite, la date a été fixée au 8 mars, c’est en hommage à la Grève des Femmes de Saint Pétersbourg, qui a lancé le coup d’envoi de la Révolution russe...
Cette Journée des Femmes reste pourtant un sujet de moqueries ou de rejet chez un grand nombre d’hommes, et même de femmes qui clament (trop) haut et fort « ne pas être féministes ». Il n’y aurait donc plus de sujet à revendication ? L’égalité des Droits de l’homme et de la femme, est-ce vraiment un acquis et une histoire totalement dépassée ?... :)
C’est par leur éducation, leur milieu social et familial, que les hommes et les femmes sont (et ont toujours été) conditionnés dans leurs rapports sociaux. Très jeunes, nous avons tous intégré des préjugés sur les autres et des croyances limitantes sur nous-mêmes, même si l’école et l’enseignement républicain étaient censés corriger ces préjugés et donner à tous cette fameuse « égalité » que la naissance ne nous a pas forcément léguée…
Concernant la navigation, celle-ci a toujours été considérée comme une activité physique éprouvante qui ne pouvait être pratiquée que par des hommes forts et puissants. Les femmes dans leurs intérieurs avec leurs enfants, les hommes à l'extérieur, prêts pour l'aventure. Affronter les éléments, parcourir les Mers, c'était un symbole de virilité. Pour renforcer ce sentiment de puissance, pendant longtemps, la présence des femmes à bord a même été suspectée de porter malheur au navire : une superstition au service du dominant, comme souvent…
Heureusement, cette croyance fait sourire aujourd’hui, mais il reste encore beaucoup à faire pour changer les mentalités de manière générale dans le monde actuel, et dans celui de la Voile, bien entendu.
Certes, la force physique y est encore plus favorable, malgré les progrès techniques réalisés sur les voiliers les plus récents, et certaines femmes, sans technique et sans entraînement, peuvent donc y rencontrer de réelles difficultés. Mais les femmes n’ont-elles pas toujours eu en leur faveur une grande résistance physique liée à leur capacité de procréation ? C’est évident, mais cela n’empêche pas qu’elles soient parfois sous-estimées et reléguées à des tâches de second rang sur un bateau. Il parait donc essentiel de sensibiliser le monde de la Voile à l’importance de l’égalité des sexes et de laisser les femmes prouver qu’elles sont tout aussi capables de naviguer que les hommes. Et certaines l’ont déjà fait, depuis plus d’une trentaine d’années.
Depuis que les courses au large sont devenues très médiatisées, nous avons pu constater en effet, que des femmes ont excellé et excellent dans l’art de naviguer :
• Florence Arthaud, victorieuse de la Route du Rhum en 1990
• Catherine Chabaud, première femme à avoir bouclé le Vendée Globe (sans escale) édition 1996/1997
• Ellen MacArthur, seconde du Vendée Globe 2000-2001, détentrice du record de la Traversée en solitaire du Globe en 2005
• Sam Davies, 4e du Vendée Globe 2008-2009, participation à plusieurs Volvo Ocean Race
• Dee Caffari, première femme à avoir navigué autour du monde en solitaire dans les 2 sens, et nombreuses participations à la Volvo Ocean Race
• Isabelle Autissier, première femme à accomplir un tour du monde en compétition
• Marie Tabarly, 5 victoires au Championnat International 15MJI, victorieuse de la Giraglia Offshore Race en 2016.
Sans pouvoir être exhaustive, j’aimerais citer encore : Jessica Watson pour son Tour du Monde en solitaire sur un voilier de 10 m, en 2024, à l’âge de 16 ans ou Clarisse Crémer qui a annoncé en 2026, à l’issue de son deuxième Vendée Globe, qu’elle attendait un deuxième enfant …
Donc, sans jamais renoncer à ce que l’on appelle « la féminité », ces « faibles femmes » ont ouvert la voie à de nombreuses générations de navigatrices et leur héritage continue d’inspirer et de motiver celles (et ceux) qui aspirent à suivre leurs traces dans le monde de la Voile, même le plus extrême : celui de la Course au Large et de la compétition.
Mais même si, à force d’audace, de sang-froid, de beaucoup d’entraînement et d’organisation, des femmes ont pu réaliser des exploits dont une majorité d’hommes n’aurait même pas pu rêver… Ces femmes tiennent aussi à ne pas être traitées comme des héroïnes et à être choisies, non pas parce qu’elles sont des femmes, permettant de respecter la jauge de poids dans les compétitions, mais parce qu’elles sont de bonnes techniciennes et de bons marins, comme les autres !
Donner un prix particulier au premier équipage féminin peut donc s’avérer tout aussi discriminant qu’encourageant, comme le soulignait la skippeuse Christine Briand, en 2023 dans une interview pour Voiles et Voiliers, tout comme le carré rouge qui désigne le genre féminin, dans la voile en Optimist …
A noter peut-être chez ces femmes, une approche presque « militante », qui est sans doute nécessaire à un véritable changement des mentalités : beaucoup d’entre elles sont de remarquables communicantes, des reporters ou des écrivaines qui savent nous entraîner dans leur passion de la Mer et de la Voile, comme nous l’a si bien démontré la jeune Violette Dorange dans le Vendée Globe, l’an dernier.
Dans le même ordre d’idées, vous pouvez regarder la vidéo : Femmes et Voile qu’est-ce qu’elles en pensent ? sur YouTube https://share.google/7KpnsD28kn98vviFn : de nombreuses navigatrices y racontent leurs expériences de la navigation.
Dans les écoles de Voile FFV, aujourd’hui, une lutte contre les préjugés s’est engagée pour qu’il n’y ait plus aucune raison de reléguer une femme à un rôle secondaire et pour prouver que les femmes sont tout à fait légitimes à bord et peuvent prétendre à une place de navigatrice compétente. Dans les clubs, l’encadrement change peu à peu et des monitrices de formation y apparaissent. Elles peuvent donner des conseils pertinents pour adapter les structures (vestiaires, toilettes, etc.) ce qui permettra aux adolescentes, dont le milieu familial est loin du nautisme, de mieux se projeter dans ce monde si particulier (et enthousiasmant) de la Voile.
Pour cela, il faudra d’abord abandonner nos préjugés et nos croyances limitantes : oui, la voile est un sport ouvert à tous.
Loëtitia skippeuse de Carry Voile
A toutes : si vous êtes tentée de faire une première expérience de la Voile, n’hésitez pas à vous inscrire pour une journée découverte, gratuite, sur notre site www.carryvoile.fr
Mais si vous êtes un homme ouvert à un changement des rapports hommes/femmes, plus égalitaires et complémentaires, n’hésitez pas non plus, bienvenue à vous ! :)
Pour finir, voici quelques événements nautiques locaux qui ont encouragé ou encouragent la pratique féminine :
• Les Canoubières : Régates et entraînements toute l’année à Marseille.
• Women For Sea à Marseille, qui avait prévu un week-end pour la communauté le 24/25 octobre 2025 avec une journée dédiée aux femmes en mer.
2- ACTUALITE : quelle horreur de voir ce voilier encore échoué près du phare, à l’entrée du Port de Carry-le-Rouet !
Le lundi 2 février 2026, en début de soirée, le vent soufflait fort au large de La Ciotat ! Des rafales de 45 nœuds marins* avaient été enregistrées par la station météo locale et tout le secteur placé en alerte jaune « vagues-submersion ».
*(1 nœud marin = 1,852 km/h donc : 45 x 1,852 = 83,34 km/h))
La préfecture maritime de la Méditerranée a alors annoncé dans un communiqué que c’est dans ces conditions que le Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage de Méditerranée (le CROSS MED) avait été alerté par l'un de ses proches qu’un skipper n’était toujours pas arrivé à sa destination et qu’il devait se trouver en difficulté. En effet, dans la matinée, un homme de 63 ans avait décidé de quitter, seul, le port de La Ciotat, à bord de son voilier, un Dufour 28, en direction de Carry-le-Rouet.
« Au regard des informations recueillies et des conditions météorologiques dégradées, le CROSS MED a engagé immédiatement un dispositif de recherche et de sauvetage aéromaritime », a communiqué la préfecture.
Vu les conditions météorologiques, il fallait faire vite ! Les moyens déployés ont donc été très importants : un hélicoptère Dauphin de la Marine nationale, la vedette SNS de Marseille, le canot tout temps de Martigues, deux embarcations de Marins-pompiers de Marseille et une patrouille terrestre de Sapeurs-pompiers : pour sauver une vie.
Vedette SNSM de Martigues
C’est seulement vers 21 h 30, que le voilier correspondant au signalement a été repéré, échoué, à l’entrée du Port de Carry-le-Rouet par la SNSM de Marseille. La météo sur zone était de vent de sud-est établi à 30 nœuds, mer 4, visibilité réduite sous grains. Le navire étant formellement identifié, le soulagement fut de courte durée, car aucune personne ne se trouvait à bord. Les secours se mirent alors à la recherche de... « un homme tombé à la mer ».
Mais ce n’est qu’une heure plus tard que le skipper fut finalement retrouvé par la gendarmerie « à terre, sain et sauf, après avoir rejoint la côte par ses propres moyens ».
A ce jour, La préfecture maritime de La Méditerranée n’a pas souhaité donner plus de précisions sur les difficultés rencontrées par ce plaisancier, dont on imagine le traumatisme, après avoir subi l’échouement de son voilier. La Direction départementale des territoires et de la mer des Bouches-du-Rhône a été informée de la situation de ce voilier échoué afin d’en assurer le suivi. En cette fin février, celui-ci gît toujours près du phare, où il reçoit malheureusement de nombreux visiteurs, des promeneurs curieux (ou intéressés ?) mais surtout très imprudents...
Les skippers de Carry Voile qui avait un tout autre RDV avec la Capitainerie, ont néanmoins évoqué ce sujet et suggéré qu’une CARDINALE SUD signale, un peu mieux peut-être, la presqu’île du phare et tous les rochers de l’entrée du Port. Mais bien sûr ce sont maintenant les Affaires maritimes qui en décideront …
3- Mon conseil de lecture du mois de mars : des œuvres de Isabelle Autissier
Née à Paris en 1956, elle a découvert la voile dès l’âge de six ans, en Bretagne. En 1978, elle a obtenu un diplôme d’ingénieure agronome, avec une spécialisation en halieutique*, à l’École nationale supérieure agronomique de Rennes. Elle a débuté sa carrière scientifique en menant des recherches sur les langoustines et les gros crustacés pour le CORPECUM, puis pour l’IFREMER à La Rochelle. De 1984 à 1990, elle a enseigné à l’École maritime et aquacole de La Rochelle, où elle a suivi toute la construction de son premier bateau.
*Halieutique : toutes les formes de pêche
À partir de 1991, elle s’est consacrée entièrement à la navigation. Cette année-là, elle devint la première femme à accomplir un Tour du monde en solitaire lors d’une course, le BOC Challenge, qu’elle a terminé à la 7e place. Elle a participé ensuite à plusieurs courses prestigieuses, dont le Vendée Globe en 1996-1997 et l’Around Alone en 1999.
En 2009, Isabelle Autissier a publié son premier roman, Seule la mer s’en souviendra. Il a reçu plusieurs distinctions, dont le Prix Amerigo Vespucci, le Prix Livre et Mer, et le Prix Marine.
En 2012, elle a fait paraître L’Amant de Patagonie, qui lui a valu le Prix Maurice-Genevoix.
En 2015, elle a signé Soudain, seuls, un roman d’aventure en milieu hostile, dans le genre littéraire de la robinsonnade, qui a été adapté au cinéma en 2023.
En 2019, elle a poursuivi sa création avec Oublier Klara, qui a reçu le Prix du Roman Version Femina.
En 2025 elle a publié La Fille du grand hiver, qui retrace la vie bouleversante d’Arnarulunguaq, une Inuite sauvée de la famine enfant, devenue exploratrice au cœur du Grand Nord aux côtés de Knud Rasmussen.
En 2025 également, elle a publié Une bouteille à la mer avec Zelba (réalisatrice de BD) une bande dessinée très engagée, mêlant témoignages et récits maritimes pour défendre les océans, dialogue entre une navigatrice et une autrice.
Parallèlement à cette carrière littéraire, elle a présidé le WWF France de 2009 à 2021 et elle s’implique aujourd’hui dans de nombreuses instances liées à l’environnement et aux Droits humains.
Elle a été décorée Commandeure de la Légion d’honneur en 2020 et Commandeure de l’ordre des Arts et des Lettres en 2022.
4- Réponses à notre QUIZZ du mois de février :
1- Question du régatier, sans choix multiple, proposée par Joël :
De nuit, sur un voilier, quels sont les feux réglementaires indispensables et par quoi peut-on les compléter pour éviter la collision, lorsqu’un autre voilier approche dangereusement ?
Le RIPAM (règlement international pour prévenir les abordages en mer) prévoit les feux suivants : babord vert et tribord rouge, blanc en haut du mât. Mais lorsqu’un autre bateau approche, il est indispensable de se rendre bien visible en éclairant au maximum ses propres voiles avec les lampes torches prévues dans tout navire et d’éclairer également la passerelle du bateau. Repères à compléter , en cas de visibilité réduite, en utilisant la corne de brume et tous les signaux sonores possibles. Et bien sûr manœuvrer, si c’est encore possible.
2- Question pour les néophytes, de Yveline : réponse C (malheureusement !)
La location de voiliers est devenue une activité dynamique et vous seriez intéressés. Que vous demandera un loueur officiel ?
A- Le permis bateau
B- Uniquement le CRR qui permet l’utilisation d’un poste radio VHF ou AIS
C- Un simple CV nautique dans lequel vous indiquerez vos croisières et autres embarquements, ainsi que stage de voile ou permis moteur, éventuellement.
5- Quizz du mois de mars :
1-Question du plaisancier : Quelles sont les 5 règles élémentaires de prudence recommandées par les autorités maritimes pour toute sortie en mer ?
2-Question du néophyte : Venant du port de Carry-le Rouet, qui contacter rapidement en cas de difficulté en mer et comment le faire ?
A- Nos proches avec notre téléphone mobile pour qu’ils contactent le 112
B- Le CROSS MED avec notre téléphone mobile, gratuitement, sur le 196
C- Sur le canal 16 de la VHF située à bord
*Rappel : CROSS MED= Centre Régional des Opérations de Surveillance et de Sauvetage en Méditerranée
6- Nos Evénements et Formations prévus en mars :
Le dimanche 8 mars à partir de midi et jusqu’à 16h30 maximum, salle polyvalente de l’Espace nautique Roger Grange 15 rue du Professeur Emile Vayssière, à Carry-le-Rouet, comme tous les ans à cette période de l’année, notre Repas coquillage : un repas convivial ouvert à tous les membres et à leurs proches, au prix de 30 euros, organisé par Jeanpy, nouveau président de Carry Voile. Inscriptions sur le site www.carryvoile.fr quinze jours avant.
Remarque : attention, votre inscription vous engage et ne peut être annulée trop tardivement en raison des frais occasionnés par Carry Voile.
Au repas coquillage l’an dernier...
Le vendredi 20 mars à 18h, salle polyvalente de l’Espace nautique Roger Grange 15 rue du Professeur Emile Vayssière à Carry-le-Rouet, Formation sur les techniques de mouillage animée par Jeanpy, avec le soutien et les expériences de tous les skippers présents.
Sur ce, je vous dis à bientôt, et sur l’eau de préférence, si la météo se montre enfin favorable !
Carryvoilement vôtre, Yveline